L‘OURS POLAIRE N’HIBERNE PAS
C’est une idée largement répandue : puisque les ours bruns hibernent, les ours polaires feraient forcément de même. Pourtant, la réalité est bien différente.
Contrairement à de nombreux autres ours, l’ours polaire n’hiberne pas. Du moins, pas dans le sens où on l’entend habituellement. Seules les femelles gestantes entrent dans un état de repos particulier, tandis que les mâles et les femelles sans petits restent actifs tout au long de l’hiver arctique.
Pourquoi cette différence ? Tout simplement parce que l’ours polaire s’est parfaitement adapté à un environnement où l’hiver est justement la meilleure saison… pour chasser.
Pourquoi les ours polaires n’hibernent-ils pas ?
Chez les mammifères qui hibernent, comme la marmotte ou le hérisson, l’organisme ralentit fortement son fonctionnement. La température corporelle chute, le rythme cardiaque diminue et les besoins énergétiques deviennent extrêmement faibles.
Un tel mécanisme serait beaucoup moins efficace chez un animal aussi imposant que l’ours polaire.
Pesant entre 300 et 700 kg pour un mâle adulte, il lui faudrait une quantité considérable d’énergie pour faire baisser puis remonter sa température corporelle. Les bénéfices d’une véritable hibernation seraient donc largement compensés par le coût énergétique nécessaire pour retrouver un fonctionnement normal.
Mais surtout, l’ours polaire n’en a tout simplement pas besoin.
Contrairement aux ours bruns, dont les principales ressources alimentaires disparaissent en hiver, les ours polaires trouvent justement à cette période leurs meilleures conditions de chasse.
L’hiver : la meilleure saison pour capturer les phoques
L’ours polaire dépend presque exclusivement des phoques, et notamment du phoque annelé.
En hiver, lorsque la banquise est bien formée, les phoques utilisent de petits trous dans la glace pour venir respirer. Les ours connaissent parfaitement ces ouvertures et peuvent patienter pendant des heures, immobiles, dans l’espoir qu’un phoque remonte à la surface.
Cette technique de chasse, appelée la chasse à l’affût, est particulièrement efficace pendant les mois les plus froids.
Abandonner cette période d’abondance pour hiberner serait donc contre-productif.
Une activité réduite, mais pas une hibernation
Même s’ils restent actifs toute l’année, les ours polaires ne passent pas l’hiver à parcourir sans relâche la banquise.
Lorsque les conditions sont difficiles ou que les proies se font plus rares, les mâles et les femelles non gestantes réduisent simplement leur activité. Ils dorment davantage, limitent leurs déplacements et économisent leurs réserves de graisse.
Les scientifiques parlent parfois d’une forme de repos hivernal, très différente de la véritable hibernation.
Leur température corporelle reste pratiquement stable et leur organisme continue de fonctionner normalement. Ils peuvent se réveiller instantanément et repartir chasser si une occasion se présente.
Les femelles gestantes, seules à entrer en tanière
La seule exception concerne les femelles qui attendent des petits.
À l’automne, elles recherchent une congère suffisamment épaisse pour creuser une tanière dans la neige. Elles s’y installent généralement entre octobre et novembre, avant les premières grandes tempêtes.
C’est dans cet abri, à l’abri du vent glacial, qu’elles donneront naissance à leurs oursons, le plus souvent au mois de décembre.
Pendant plusieurs mois, la mère ne mange pas, ne boit pas et ne chasse pas. Elle vit uniquement grâce aux impressionnantes réserves de graisse accumulées au cours de l’année précédente.
Son métabolisme ralentit afin d’économiser l’énergie, mais, contrairement à un véritable animal hibernant, sa température corporelle reste presque constante. Elle demeure suffisamment vigilante pour s’occuper de ses petits et réagir au moindre danger.
Les biologistes parlent donc plutôt d’un état de dormance ou de léthargie, et non d’une véritable hibernation.
Des oursons minuscules dans un environnement extrême
La naissance des oursons est un véritable exploit biologique.
À leur naissance, ils pèsent à peine 500 à 700 grammes, soit moins qu’un cobaye, alors que leur mère peut dépasser les 250 kilogrammes.
Aveugles, presque nus et entièrement dépendants, ils survivent grâce au lait extrêmement riche de leur mère, l’un des plus énergétiques parmi les mammifères. En quelques mois seulement, ils prennent rapidement du poids, développent une épaisse fourrure et accumulent une précieuse couche de graisse indispensable pour affronter le froid.
Durant tout cet hiver passé dans la tanière, la femelle continue de puiser dans ses réserves pour nourrir ses petits.
Le retour sur la banquise
Entre la mi-mars et la mi-avril, lorsque les journées s’allongent et que les températures deviennent un peu moins rigoureuses, la petite famille quitte enfin la tanière.
Les oursons découvrent alors pour la première fois le monde extérieur.
Ils restent constamment auprès de leur mère, qui leur apprend progressivement à marcher sur la banquise, à reconnaître les dangers et, plus tard, à chasser les phoques. Cet apprentissage durera plus de deux ans, une période exceptionnellement longue chez les mammifères, qui témoigne de la complexité des comportements de l’ours polaire.
Une adaptation unique au monde polaire
L’ours polaire est souvent présenté comme le roi de l’Arctique, et ce n’est pas un hasard. Son mode de vie est parfaitement adapté aux conditions extrêmes de la banquise.
Plutôt que d’hiberner comme ses cousins, il reste actif lorsque les conditions de chasse sont les plus favorables. Seules les femelles gestantes interrompent temporairement leur activité afin de mettre leurs petits au monde dans un environnement sécurisé.
Cette stratégie, façonnée par des milliers d’années d’évolution, permet à l’espèce de survivre dans l’un des milieux les plus hostiles de la planète. Mais elle rend aussi les ours polaires particulièrement dépendants de la banquise, aujourd’hui fragilisée par le réchauffement climatique. Comprendre leur mode de vie, c’est aussi prendre conscience des défis auxquels ils sont désormais confrontés.



