Un navire, deux époques, une même âme
66° N · 02° E — Station M
« Polarfront change d’époque mais reste lui-même. »
Le Marin
Tout commence sur les chantiers navals de Mandal, sur la côte sud de la Norvège.
La quille de Polarfront est posée le 1er août 1975 chez Mandal Slip & m.V., avant que l’aménagement intérieur ne soit confié aux équipes de Fitjar Mekaniske Verksted.
Le navire est lancé le 1er mars 1976 et livré le 14 décembre de la même année. Près de 1 000 tonnes d’acier assemblées pour résister aux pires états de mer de l’Atlantique Nord : une robustesse qui, cinquante ans plus tard, lui permettra d’envisager une seconde vie plutôt que la casse.

Le nom vient de la théorie du front polaire, mise en évidence au début du XXe siècle par des météorologistes norvégiens. Le front polaire est cette limite extrême où l’air polaire rencontre l’air tropical : une frontière invisible qui gouverne une grande partie de la météo des latitudes tempérées.
Positionné par 66° N et 02° E, à près de 450 km au large de la Norvège, Polarfront occupe la Station M (« Mike »), la plus exposée d’un réseau de 13 stations météorologiques de l’Atlantique Nord. D’abord partagée avec le navire néerlandais Cumulus, la veille devient sa charge exclusive à partir de 1986.
Cinq fois par semaine, des relevés de température et de salinité sont effectués jusqu’à 2 500 mètres de profondeur. Pendant dix ans, Polarfront réalise également des mesures du taux de CO2 pour le compte de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), à la convergence des masses d’air polaires et tropicales.

Peu à peu, les satellites météorologiques et les bouées dérivantes automatisées prennent le relais des navires météo à travers le monde.
Il est alors le dernier navire météorologique en activité au monde : le dernier représentant d’un métier né au début du XXe siècle, disparaissant avec l’avènement de l’observation spatiale.
Après 34 ans de veille, le silence retombe sur la Station Mike.
Après son désarmement, Polarfront aurait pu finir sa vie à la casse. Mais les expertises menées sur sa coque révèlent un acier norvégien en excellent état : trop solide pour être sacrifié.

À Marseille, les fondateurs de Latitude Blanche, qui se sont rencontrés sur les bancs de l’École nationale supérieure maritime, évoquent un modèle de voyages qui leur ressemblerait. L’idée de créer une compagnie française germe.
Tout s’accélère : le projet plaît, des clients souhaitent réserver pour l’été 2018. Mais toujours pas de navire…
Un courtier norvégien présente Polarfront, amarré à Blomvåg, un fjord au nord de Bergen. Quelques heures à bord à inspecter les moindres espaces, et le coup de foudre est confirmé.
Naissance de Latitude Blanche.
Latitude Blanche fait l’acquisition de Polarfront et lui offre une seconde vie.

Le navire change de pavillon, s’immatricule à Marseille et troque sa mission scientifique pour l’exploration : il ne mesurera plus la rencontre des masses d’air, il y emmènera désormais des voyageurs, au plus près des glaces qu’il observait autrefois depuis le large.
Ses aménagements intérieurs sont entièrement repensés pour accueillir douze passagers seulement, dans une ambiance francophone et conviviale : une échelle volontairement réduite qui tranche avec les standards du tourisme polaire.
Nouveau pavillonFrançaisPort d’attacheMarseille

7 avril 2018Les premiers passagers embarquent à bord de Polarfront.
Détruire près de 1 000 tonnes d’acier pour construire un navire neuf aurait été extrêmement polluant.
Après six années d’exploitation polaire, Latitude Blanche connaît chaque recoin de Polarfront, et les expertises révèlent un acier norvégien toujours en excellent état. Plutôt que de le remplacer, l’entreprise choisit de le réinventer de l’hélice à la passerelle, pendant quatre mois au chantier Piriou de Concarneau : un investissement équivalent à l’achat de deux navires semblables.
Le moteur d’origine, un mythique diesel Wichmann 5AX de 1 500 ch, laisse place à une propulsion électrique à deux moteurs indépendants. L’hélice à quatre pales orientables est remplacée par une hélice à cinq pales fixes, d’un bien meilleur rendement et beaucoup plus silencieuse. Trois groupes électrogènes équipés d’injection d’urée (AdBlue) éliminent les oxydes d’azote ; une chaudière à haut rendement récupère la chaleur des moteurs ; le navire se branche à quai lorsque les ports le permettent. Tous les systèmes sont renouvelés, sans jamais toucher à la coque d’origine.

arbres : un arbre absorbe en moyenne 25 kg de CO2 par an ; l’économie réalisée équivaut à l’absorption de 22 500 arbres sur une année.


Latitude Blanche a fait le choix d’embarquer une station météorologique en partenariat avec Météo France. Cette station émet automatiquement des données qui alimentent les bases météorologiques mondiales : elles sont essentielles pour l’initialisation des modèles numériques de prévision du temps, et sont ensuite disponibles pour la recherche climatologique. En plus de ces relevés automatiques, l’équipage renseigne les observations que les capteurs ne peuvent collecter.
En 2023, un nouveau partenariat est né avec SEA.AI, entreprise spécialisée dans la détection automatique d’objets flottants par l’intelligence artificielle : une campagne d’acquisition de données est menée à bord de Polarfront sur la présence d’icebergs et de cétacés, pour améliorer ses algorithmes de détection.

Un navire d’expédition intimiste : douze passagers, une coque renforcée glaces, une propulsion électrique.Chaque suite possède sa propre identité, entre héritage maritime et confort contemporain.Le salon Coriolis, la table de nos chefs, la bibliothèque polaire, le sauna panoramique et le bain nordique.
Biscuits de mer
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