UNE AURORE BORÉALE EXTRÊMEMENT RARE A ÉTÉ OBSERVÉE AU SPITZBERG

Le phénomène, qui n’avait jamais été observé depuis la surface de la Terre, serait le résultat d’une pluie polaire d’électrons venus tout droit de la couronne solaire.

Aux premières heures d’un matin de Noël, dans l’archipel de Svalbard, en Norvège, un objectif fisheye était pointé vers un ciel nocturne éclairé d’un vert éclatant. Contrairement aux aurores boréales habituelles, qui décorent le ciel, tels de fins voiles lumineux serpentant sous les étoiles, cette aurore prenait la forme d’une vaste couverture de lumière verte, presque uniforme.

Cette étrange aurore a recouvert le ciel du pôle Nord les 25 et 26 décembre 2022, et selon un article publié par Hosokawa et ses collègues dans Science Advances, ce phénomène rare porterait le nom de « polar rain aurora », une aurore issue d’une pluie polaire.

Des pluies d’électrons au Pôle Nord

Les aurores illuminent le ciel nocturne lorsque des électrons éjectés par le Soleil atteignent la Terre, et se retrouvent piégés puis accélérés par son champ magnétique. Ces électrons sont émis par la couronne solaire, la couche la plus externe de l’atmosphère de notre étoile, sous la forme d’un plasma connu sous le nom de vent solaire.

En raison de la grande variété de particules à haute énergie contenues dans le vent solaire, lorsqu’ils atteignent la Terre, les électrons transportés par ce dernier n’ont généralement pas suffisamment d’énergie pour engendrer la formation d’aurores visibles. Cependant, une fois piégés et excités par le champ magnétique de notre planète, les électrons se mettent à interagir avec les atomes présents dans notre atmosphère et produisent ainsi des aurores. Ces spectacles lumineux apparaissent autour des pôles, mais rarement au-dessus des calottes polaires elles-mêmes.

Les aurores issues des pluies polaires, quant à elles, sont directement produites par ces électrons, dans les rares cas où le vent solaire est faible, voire inexistant.

Ce type d’aurore polaire avait déjà été observé par des satellites par le passé, mais jamais par des caméras terrestres.

28 heures sans vent polaire

En plus d’être le résultat de l’arrivée d’électrons relativement faibles en provenance directe de notre étoile, ce phénomène exceptionnel s’est également produit au beau milieu d’une période de 28 heures durant lesquelles presque aucun vent solaire n’a été enregistré, à l’exception de la pluie polaire d’électrons, ce qui est particulièrement rare.

En effet, la couronne de notre étoile émet des flux de vents solaires en permanence, c’est pourquoi il est très inhabituel de constater leur quasi-disparition. Il s’agit là d’un phénomène auquel nous n’assistons qu’une fois tous les vingt ans, la seule autre observation d’une telle aurore polaire, qui n’avait alors été observée que depuis l’espace, remontant à 2004.

Du fait de l’absence de vent solaire, l’aurore étudiée par Hosokawa était exceptionnellement lumineuse, et donc plus facile à observer depuis la surface de la Terre. La double observation de cette aurore, à la fois depuis le sol et depuis l’espace, est essentielle pour permettre aux spécialistes de comprendre aussi bien les petits détails que les grands modèles qui la composaient.

En outre, les électrons à l’origine de ces « aurores de pluie polaire » provenant directement du Soleil, ils agissent comme une ombre ou une empreinte de l’environnement dont ils sont issus. Hosokawa et ses collègues espèrent ainsi utiliser les données récoltées pour comprendre la relation entre les électrons qui arrivent sur Terre et leur lieu d’origine, dans l’atmosphère du Soleil.

  Source : National Geographic, Isabel Swafford, article paru le 26 juin 2024

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